Louis Pernot

Nouvel enregistrement: le livre de luth de Perrine

(imprimé à Paris en 1680).

 

Approximative english version:

Louis Pernot a effectué en février 2004 un enregistrement du livre de luth de Perrine avec des pièces de Denis et Ennemond Gautier.

Cet enregistrement est publié aux Etats Unis par RER USA et va bientôt être disponible en France.

Vous pouvez dès à présent vous le procurer sur Amazon en import

e Vous pouvez aussi le télécharger sur Itunes.

 

Et voici une des pièces: une courante en ré mineur du Vieux Gaultier en Vidéo:

 

Présentation matérielle du livre.


Le livre de luth de Perrine est un petit livre de 82 pages, de format in-8 à l'italienne, imprimé à Paris en 1680. Il comporte un frontispice gravé, 6 pages d'avertissements sur la manière de jouer le luth de comprendre les signes utilisés et de les interpréter, puis 72 pages de musique gravée, en notation habituelle pour le clavier, sur deux portées.

Livre de luth de Perrine


Contenu du livre


Le livre de Perrine est constitué d'un florilège des plus belles pièces du vieux Gaultier et de son cousin Denis Gaultier destinées au luth seul, luth dit aujourd'hui "baroque", c'est-à-dire à 11 rangs, accordé au "nouveau ton" en ré mineur.


Ces deux compositeurs sont d'ailleurs dans un style et une inspiration si proches qu'ils ont souvent été confondus à l'époque (certains manuscrits n'indiquant pour nom d'auteur que Gaultier, et faisant parfois des attributions plus précises incohérentes d'un manuscrit à l'autre). Aujourd'hui encore il est très difficile de savoir auquel des deux il faut attribuer véritablement certaines pièces.


Le livre est composé de 32 pièces, dont : 17 sont du vieux Gaultier, et 15 du jeune Gaultier, se répartissant en 21 pièces en ré mineur, 9 en la mineur, et deux finales en ut mineur. Le tout représentant environs 60 minutes de musique.

 

Pièces en ré mineur

Pièces en la mineur

1. L'immortelle (Courante) du vieux Gaultier

22. Courante du vieux Gaultier ou Les Larmes

2. Allemande ou Tombeau de Mezangeau du vieux Gaultier

23. Courante du vieux Gaultier

3. Allemande ou Testament du vieux Gaultier

24. Pavane du jeune Gaultier

4. Gigue (Le Testament) du vieux Gaultier

25. Courante du jeune Gaultier (avec son double)

5. Courante du vieux Gaultier

26. Allemande ou Tombeau de Lenclos du jeune Gaultier

6. Courante du vieux Gaultier

27. Sarabande du jeune Gaultier

7. Canaris du vieux Gaultier Ecoutez

28. Courante ou La Belle Ténébreuse du jeune Gaultier Ecoutez

8. Allemande (La Poste) du vieux Gaultier

29. Sarabande du jeune Gaultier

9. Gigue (La Poste) du vieux Gaultier

30. Courante (La petite Bergère) du vieux Gaultier

10. Courante du vieux Gaultier

11. Courante du vieux Gaultier

12. Gigue (Le Carillon) du vieux Gaultier

13. Fantaisies du jeune Gaultier

Pièces en ut mineur

14. Gigue du jeune Gaultier

31. Sarabande du vieux Gaultier

15. Courante du jeune Gaultier

32. Pièce du vieux Gaultier

16. Courante (La Royale) du jeune Gaultier

17. Courante du jeune Gaultier

18. Sarabande du jeune Gaultier

19. Courante (La Lyonnaise) du jeune Gaultier

20. Le Canon du jeune Gaultier

21. Allemande grave du jeune Gaultier ou son tombeau


Contenu musical du livre


Le Ennemond Gaultier, dit "le vieux Gaultier" est certainement l'un des plus grands compositeurs qui ait été pour le luth, il fait partie de la première génération des musiciens français de cette période qui commence alors et que l'on appelle aujourd'hui "baroque". Pour le luth, le début en est vers 1638 avec l'invention du nouvel accord en ré mineur.

Ennemond Gaultier est né, pensons nous en Dauphiné vers 1575. Il occupa des charges officielles, et en particulier auprès de Marie de Médicis vers 1620.

D'un génie incontestable, et reconnu par tant de musiciens et d'auteurs de son époque, le vieux Gaultier a toujours été considéré comme le plus grand et le plus profond des luthistes, se démarquant objectivement de tous les autres, sauf peut-être Dufaut qui lui est semblable pour ce qui est de l'originalité et de la profondeur créatrice. Chacune de ses pièces, composées jusqu'à sa mort en 1651 seront des chef d'œuvres.


Son cousin Denis, plus jeune d'une vingtaine d'années (mort vers 1672) composera dans un style très semblable au sien, au point qu'on ne peut pas toujours les distinguer. Sa création est d'une qualité moins égale, bien que toujours exceptionnelle. Le goût de Perrine pour cela a été sûr, les pièces qu'il a choisies sont toutes du même niveau d'excellence, de pureté et de profondeur que celles de son cousin le vieux Gaultier. Il y a par là une homogénéité dans cet ensemble de pièces qui peut le faire concevoir comme n'ayant qu'un seul auteur : Gaultier.


Intérêt musical du livre


La musique de luth était, comme elle l'est encore aujourd'hui, toujours écrite en tablature, notation pratique, réservée aux luthistes, mais relativement imprécise sur certains points. Perrine a eu l'idée de transcrire certaines pièces de luth en notation usuelle pour les autres instruments : sur deux portées, comme pour le clavier. Cela permettait de donner accès à ces pièces à d'autres musiciens que les luthistes, et même pour ces derniers, de leur offrir une notation plus précise.


Par là même, le livre de Perrine est d'un formidable intérêt musicologique, permettant de mieux comprendre la façon de lire et d'interpréter ce qui est écrit en tablature.


C'est ainsi qu'il donne des indications extrêmement précises sur les doigtés, de main gauche, comme de main droite, sur l'ornementation, souvent lacunaire ou fantaisiste dans les tablatures, et sur les arpègements qui étaient d'une importance capitale à l'époque, sans que l'on ait beaucoup d'indication par ailleurs pour savoir où et comment les mettre. Sur ces points, l'étude du livre de Perrine permet une avancée capitale de la recherche musicologique concernant l'interprétation des pièces de luth.


On connaît, pour la plupart des pièces rassemblées par Perrine, une version en tablature de l'époque, mais il y a certaines compositions que l'on ne connaît que par ce livre. C'est le cas en particulier de la seconde partie de la sarabande en la mineur (No 29). Parmi les autres sources, certaines sont de qualité sûre (comme les deux livres gravés en tablature publiés par Denis Gaultier en 1670 et 1680), d'autres de qualité moyenne, mais ayant pu s'éloigner par suite de copies successives de l'original, et d'autres enfin de qualité très médiocre (on peut alors juste reconnaître qu'il doit bien s'agir de la même pièce à l'origine, et la comparaison de la valeur de ces sources sur d'autres pièces plus célèbres que l'on trouve dans les divers manuscrits montre que la version donnée est en général fort altérée).


On peut dire que dans le livre de Perrine, sur 33 pièces, il y en a 15 que l'on connaissait déjà par une source sûre, 8 par une source acceptable, 5 par une source pratiquement inutilisable, et 4 totalement inconnues par ailleurs (ou alors de manière différente). Mais même dans le meilleur des cas, la notation de Perrine est toujours plus complète et précise que le meilleur des manuscrits en tablature, offrant ainsi des indications nouvelles et essentielles.


L'étude du texte de Perrine sur les pièces connues de source sûre, montre qu'il est toujours absolument en accord avec elles. Cela fait penser qu'il est possible d'accorder une certaine confiance au texte de Perrine, même pour les autres pièces, et ainsi que l'on devrait faire du texte de Perrine la version de référence de toutes les pièces des Gaultier qu'il contient.


On peut ainsi faire le travail inverse de celui de Perrine, et retranscrire en tablature toutes les pièces pour en avoir une version la plus parfaite qui puisse être des plus belles pièces des deux Gaultier.


Intérêt d'un enregistrement


Perrine dans son livre a su rassembler la quintessence, ce qu'il y a de plus beau dans la musique française pour luth au XVIIe, et il nous les a transmis dans la notation la plus précise qui ait jamais été. Faire en première mondiale l'enregistrement de ce livre extraordinaire sur l'instrument d'origine qu'est le luth, comporte un intérêt musical immédiat par l'homogénéité et la qualité musicale unique de la musique qui y est proposée. Nous avons là, non seulement des œuvres d'un des chefs de file de la musique baroque française, une musique que tout amateur de baroque doit connaître, comme étant à l'origine de bien des inspirations, mais tout simplement aussi une des plus belles musiques qui soit.


Si certaines des pièces ont déjà été enregistrées au luth (moins d'une dizaine), il est unique de pouvoir les entendre toutes au luth dans la version très précisément de Perrine dont on peut penser qu'elle comporte des indications particulières permettant une nouvelle approche des pièces, nous faisant toucher au plus près ce qu'était l'interprétation originale de cette musique.

 

 

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